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aventure maternelle

Jeudi 1 décembre 4 01 /12 /Déc 08:00

 

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Ce matin là comme depuis trois semaines, je flottais... J'avais le sentiment que rien ne pouvait m'affecter. Baptiste allait arriver de Toulon dans une semaine, je partais à la danse l'esprit léger.  Puis j'ai ouvert la boite aux lettres et je me suis pris un direct dans le plexus solaire.

 

C'est fou ce qu'un simple bout de papier avec des résultats d'examens peut changer la couleur de l'existence. Au début on lit regarde les chiffres sans trop comprendre et puis quand on fait le rapprochement entre ce qu'on devrait trouver et ce qu'on lit comme chiffres, tout s'écroule.

 

C'était un examen de routine, ce bilan hormonal, du moins le pensais-je. Je savais que j'ovulais, mes autres examens sanguins étaient ok et Yann avait des spérmatozoïdes super vaillants. Mais là devant cette feuille blanche aux chiffres sans appel, je constatai que ça allait être compliqué. Là où j'aurais du avoir entre 2 et 6,80 ng/ml de cette fameuse hormone anti müllerienne, j'en avais 0,60. Je suis remontée à la maison et j'ai commencé à faire des recherches sur le net. C'était confirmé, mes résultats étaient catastrophiques.

Je me suis sentie envahie par une angoisse tellement violente qu'il m'était impossible de calmer ma respiration. Pourquoi maintenant ? Pourquoi alors que tout semblait prendre sa place devais-je subir ça en plus ?

C'est drôle dans ces moments là, on n'est incohérent. J'appelais mon ami Clarisse en pleurs :

"Mais Jeanne, appelle ton gynéco ! Tu ne peux pas savoir. Oui tu vas peut être devoir faire une stimulation d'hormones mais tout n'est peut être pas fini."

 

Quand on est petite fille, on croit qu'il va juste vouloir faire un enfant pour en avoir un. plus tard, on se dit qu'il suffira d'aimer quelqu'un très fort pour que ça coule de source. Et puis ça ne vient pas, ou plutôt pas comme on voudrait. Ensuite on oublie un peu. On laisse le temps filer. Comme on voit qu'on n'emprunte pas le chemin classique, on choisit des biais alternatifs. Mais avant de savoir, jamais on imagine que ça ne sera pas une évidence de tomber enceinte...

 

C'est pourtant la boule au ventre que je me suis rendue chez le gynéco après avoir eu le commentaire laconique de la secrétaire au vu de mes résultats :

"En effet, ce n'est pas bon du tout..."

J'ai toujours aimé mon gynécologue avec son air de bon père de famille. Il me suit depuis 14 ans. Il explique bien, il fait des pré-analyses sur ses prélèvements, il a toujours les mots qui rassurent et une bonhomie fort appréciable. Mais là, il a plissé le nez sur mes résultats et ça n'augurait rien de bon.

" Bon je ne vais pas vous mentir, les résultats sont très mauvais. Dans l'état actuel des choses, votre projet de bébé est sérieusement compromis."

Moi: " Même avec un traitement hormonal ? "

Lui: " Malheureusement votre taux est très faible. Cela signifie que vous êtes en fin de réserve ovarienne. Ça ne veut pas dire que vous n'ovulez plus, ça veut dire que vos ovules ne sont plus féconds... Il vous reste deux options: Aller à Barcelone pour vous faire implanter l'ovocyte d'une donneuse fécondé par le sperme de votre ami..."

Moi : " Être en quelque sorte porteuse de l'ovule d'une autre quoi ?" Demandai-je les yeux déjà pleins de larmes.

" Après il faut savoir quelle est à vos yeux la définition d'un enfant. Ils choisissent des ovules provenant d'une femme ayant le même génotype que vous, vous savez..."

" C'est quoi la deuxième solution ? "

"Espérer un miracle. J'en ai eu dans ma carrière des femmes qui sont tombées enceintes alors que le diagnostique était quasiment sans appel. Elles pensaient que c'était la ménopause et puis..."

Là les larmes coulèrent franchement sur mes joues.

"Et puis il y a l'adoption bien sûr."

Bien sûr, sauf que le parcours du combattant d'une telle entreprise me parait au dessus de mes forces.

Lui : "Ce genre d'examen il est bien de le faire vers 35 ans..."

Moi : "Oui... Sauf qu'à 35 ans, j'étais persuadée de ne pas vouloir d'enfant. "

Lui : "A quel âge vous avez pris conscience de vouloir être mère ?"

Moi : "A 39 ans je pense... La dernière fois que je suis tombée amoureuse."

Lui "C'était probablement déjà très critique vous savez..."

 

Quand j'atterris sur le bitume ensoleillé après la consultation, je marchai comme une somnambule, les yeux embués, dépourvue de toute légèreté. J'essayai d'appeler Yann, pas de réponse, ma mère, en vain et enfin Clarisse qui se trouvait à Amsterdam et qui me promit de me rappeler le lendemain. Il faisait tellement beau et j'étais tellement dévastée.

Baptiste m'avait envoyé deux sms auxquels je ne répondais pas. Il savait que j'avais eu des résultats d'examen désastreux mais j'avais été évasive quant au propos. Il est lui même papa d'un petit garçon de six ans et demi dont il parle avec admiration et de tendresse. Je lui envoyai tout de même un message pour lui dire que j'étais incapable de lui parler pour l'instant et que j'avais eu la confirmation du caractère définitif du résultat de mes examens.

 

Comme chaque fois que je vais mal, je me suis engouffrée dans un cinéma pour tromper ma peine et durant deux heures j'ai oublié que ma vie était en train de prendre un tournant décisif dont je n'avais pas le plan.

 

En sortant j'ai pu joindre Yann en sanglotant, il était assez d'accord que le don d'ovocyte n'était pas envisageable mais il se montra apaisant. Il me rappela que son amitié était non négociable et qu'en plus, il ne comptait pas repartir à la chasse à la co-maman.

"Tu sais Jeanne, notre projet c'était une histoire de rencontre. Elle aboutit à un échec mais ça n'annule pas notre parcours, ni ce que nous allons vivre par la suite..."

Ma mère se montra assez triste ce qui, comme par esprit de contradiction, me rendit quelques forces. Puis je rentrai chez moi.

 

C'est Marla qui m'apporta ce soir là le réconfort nécessaire pour apercevoir une petite lumière au bout du tunnel. Marla est maman de deux fillettes. Elle alterne toujours entre projets de documentaires passionnants et grosse fatigue émotionnelle. Elle me parla de sa voix douce, si douce :

" C'est affreux ma chérie et je comprends ce chagrin qui te ronge. Essaie de te focaliser sur ce que cette liberté forcée va t'offrir. Recentre toi sur ce qui fait de toi ce que tu es, et ce que tu deviendras. Les voyages, l'écriture..."

"Mais Marla, j'ai le sentiment que je ne vais jamais vivre pour quelqu'un d'autre que moi-même... Que finalement je ne serai jamais une adulte à part entière..."

"ça c'est toi qui le décideras, ce sont tes choix de vie qui feront de toi une adulte. Tu n'as pas besoin d'être mère pour ça..."

 

Un peu plus tard dans la soirée, j'appelai Baptiste.

"Comment vas-tu ?"

"Je suis un peu sonnée, mais ça va mieux je crois..."

"Tu veux m'en parler maintenant ? "

"Non... J'ai juste envie que tu me fasses rire..."

"Je vais essayer..."

 

Et comme à chaque fois, il réussit.


Par Maxine - Publié dans : aventure maternelle - Communauté : gayfriendly
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Samedi 19 novembre 6 19 /11 /Nov 11:31

 

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Après le week-end chez les parents de Yann, je n'ai jamais pensé repartir à la chasse au co-papa. Je l'avais dit à B.L :

 

"Je suis fatiguée. Et puis c'est Yann que j'avais choisi. Il y a eu les autres bien sûr, ceux que j'ai rencontrés, mais je sais aujourd'hui que si ça ne se fait pas avec Yann, ça ne se fera avec personne. "

"Mais Jeanne, si vous rencontriez un homme dont vous tombiez amoureuse, ça pourrait se faire très vite !"

"Vous y croyez encore vous ? "

"Oui je crois que ça vous arrivera... bien sûr."

"Enfin là, ça urge un peu tout de même !"

 

Je me souviens de cette soirée du mois d'Août, j'aimerais pouvoir dire belle, mais le temps n'était pas à la fête. J'avais mûri tout ça depuis des semaines et quand j'ai vu Yann je lui ai dit :

" Tu sais, je pensais à quelque chose l'autre jour... Imagine j'aurais rencontré quelqu'un, un mec avec qui j'aurais été en couple je veux dire... On aurait fait un enfant et puis on se serait séparés parce que ça n'allait plus. Mais on l'aurait fait en bonne intelligence tu vois, et dans l'intérêt de l'enfant..."

"Où tu veux en venir Jeanne ?"

"J'y viens, patience ! Eh bien tu vois, même si on était restés très amis avec cet ex, rien ne m'aurait garanti que je m'entende avec sa nouvelle femme, rien ! Et réciproquement, il aurait peut être détesté mon nouveau mec. Mais l'important ça aurait été nous et notre entente autour de notre enfant, parce que ça aurait été nous les parents. Ce que je veux dire Yann, c'est que c'est pas parce que Fabien et moi ça ne passe pas, qu'il faut tergiverser pendant des mois. Je vais même te dire un truc, je suis sure qu'on s'appréciera mieux une fois l'enfant là..."

Et là il a répondu un truc qui m'a sciée :

"Je pense exactement la même chose mais je savais pas comment te le dire..."

Ce soir là, les choses ont vraiment pris de l'épaisseur. Plus tard, nous étions en terrasse du coté du haut marais et il s'est mis à pleuvoir des trombes d'eau, un déluge digne de l'Asie. Nous sommes restés là à regarder les spectacle, éberlués et heureux, tout en cherchant des prénoms, comme si nous nous autorisions enfin à le faire. Comme si nous ignorions que rien n'était gagné. Comme si pour une fois, nous faisions le choix d'être optimistes pour conjurer le sort.

Quelques jours plus tard, j'ai reçu un sms de Fabien :

"Bonsoir Jeanne. Je t'envoie ce texto pour te proposer que l'on se voie tous les deux pour tout simplement mieux se connaître. Si ce message te gêne, fais le moi savoir, je n'ai pas prévenu Yann de ma démarche."

 

C'est drôle la vie, j'avais attendu un message comme celui là pendant des semaines et il arrivait au moment où ça n'avait plus vraiment d'importance. Malgré cela j'ai pensé à Yann et au plaisir qu'il aurait si Fabien et moi renouions. Alors j'ai répondu :

"Mais bien sûr Fabien, avec plaisir ! "même si à ce moment préci, je n'en avais pas tellement envie...

 

 


Par Maxine - Publié dans : aventure maternelle
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Mardi 5 juillet 2 05 /07 /Juil 08:00

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Cela faisait quinze jours que j'avais arrêté de fumer pour la énième fois et Yann seulement cinq... devant le spectacle de son air accablé, je lançai:

"Bon il fait un temps de merde soit, c'est un peu LA journée horrible par excellence, alors tu sais quoi ? On va aller au village et on va s'empiffrer de gâteaux et s'acheter un paquet de clops, qu'est-ce que tu en dis ?"

Yann éclata de rire et nous primes la voiture.

Sur une terrasse abritée où nous grelottions de froid, nous avons bu deux ou trois cafés en mangeant des choux et la crème entrecoupés de bouffées de nicotine. Nous avons parlé longtemps de sa relation avec Fabien, de la façon dont ce dernier avait pour habitude les coups de théâtre et les chantages puérils. Quitte à mettre les pieds dans le plat, j'ai dit à Yann qu'en dépit de sa souffrance, Fabien aurait pu attendre quelques heures de plus pour prendre le train avec lui à 16h comme prévu et que je trouvais inacceptable sa façon de plonger tout le monde dans l'embarras. Là dessus, Yann répondit :

"Mais il est malheureux..."

"J'entends, mais toi tu n'écoutes même plus ta propre souffrance... tu ne vois que la sienne. Tu n'es pas malheureux toi ?"

"Si, mais moi ça va..."

"Moi, ça ne va pas Yann. Et même si Fabien change d'avis, s'apaise et se montre à nouveau favorable à notre projet, je n'ai plus vraiment confiance en lui. Comment je peux savoir s'il sera fiable avec notre enfant ton mec ?"

"Le pire c'est que je pense qu'il serait le plus heureux des hommes... Merde ça me fait chier. J'ai pas envie de te perdre Jeanne, je me suis attaché à toi, quelque soit l'issue, je ne veux pas qu'on cesse de se voir."

"Moi non plus... Il faudra juste me laisser le temps pour faire le deuil si ça tombe à l'eau, pour te revoir sereinement, j'espère que tu comprends."

Nous avons parlé de plein d'autre choses, parce qu'avec Yann ce qui est bien c'est que nous ne sommes jamais à court de sujets de conversation.

 

Nous l'avons accompagné à la gare avec Ella, mon train à moi partait à 7h le lendemain.

"Tu sais Jeanne, peu importe ce qu'il s'est passé avec Fabien ce week-end, Marcel et moi on a été ravis de t'accueillir ici. Tu es pleine de vie et de gaieté et c'était vraiment très agréable de t'avoir !" me confia Ella quand nous regagnâmes la voiture. Sur ces mots qui m'avaient un peu réchauffée, nous avons fait le tour du lac en voiture. J'appris que ce n'était pas la première fois que Fabien partait de cette façon, qu'il avait déjà fait des crises de jalousie monstrueuses à Yann. Ella était assez en colère quand elle parlait de lui, elle le traitait de capricieux, disait qu'il se plaignait sans cesse que Yann n'était jamais assez disponible pour lui, alors que ce dernier était toujours là pour l'aider dans ces demarches administratives en dépit de son travail.

"Ils sont tellement différents, j'avoue que c'est un grand mystère pour moi !" osai-je

"Ne m'en parle pas, je n'ai jamais compris..." me répondit elle.

Bien sûr j'evitai soigneusement de parler de notre projet de bébé avec elle, ce n'était pas mon rôle.

 

De retour à Paris, Yann m'appela tous les jours pour me donner des nouvelles du front. Fabien lui "confisqua" son alliance le 1er jour, lui parla de déménagement le deuxième, lui rendit son alliance le troisième et s'adressa à lui autrement que par sms le quatrième. Le cinquième ils partirent en week-end à Rome comme c'était prévu avant le drame. Yann voyait en cela l'annonciation d'un mieux, je voyais pour ma part le schéma d'emprise dans lequel Yann se perdait. A dire vrai, ce n'était plus la peur de perdre le père potentiel de mon enfant qui me tourmentait mais plutôt de constater à quel point Yann s'oubliait au profit d'un mec qui s'avérait être mal dans sa peau, mesquin et manipulateur. Bien sûr on pouvait mettre ça sur le compte d'une période de crise où le fait de ne pas avoir de travail depuis près d'un an pouvait faire basculer n'importe quelle personne un tant soit peu équilibrée, mais je commençais à douter que cette situation soit exceptionnelle.

 

Alors je me suis mise en mode "retrait". Quelques temps après je dinai avec Yann en tête à tête. Il m'apprit que Fabien reparlait du bébé en termes positifs, mais une part de moi s'interdisait de se réjouir. Pour moi, Yann était et serait la rencontre de la dernière chance, mais en aucun cas je ne me forcerais si je sentais un truc foireux dans l'équation.

"Écoute Yann, on va faire ce qu'on a dit qu'on ferait... les tests, les examens, tout ce qu'il faut pour avoir le feu vert. Mais tant que je ne sentirai pas une véritable avancée dans votre problématique de couple, on ne fera rien de plus. On sait tous les deux que le problème n'est pas entre nous. Je pense qu'il faudrait peut être que vous consultiez quelqu'un pour arbitrer sur ce qui bloque vraiment. Pour ma part je suis en mode "veille"... ce sera avec toi ou avec personne, donc je ne suis pas dans l'urgence d'une réponse. Voilà, tu as les cartes en mains, je ne peux rien dire d'autre..."

 

J'aimerais pouvoir dire aujourd'hui que les choses avancent, mais si c'est le cas, c'est trop infime pour que je le note. Mon esprit est ailleurs en ce moment je l'avoue, ou refuse de faire face, c'est peut-être ma façon à moi de rester debout. Je dévore la vie comme une condamnée à mort, je ne souffre pas de la situation, je vis juste autre chose... en attendant.



Par Maxine - Publié dans : aventure maternelle - Communauté : gayfriendly
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Lundi 4 juillet 1 04 /07 /Juil 08:00

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Oui je sais, j'ai déserté, pardon. Une envie irrépressible de me plonger dans le vrai, le charnel, de sentir la morsure du soleil, la caresse de l'herbe sur ma peau nue, l'excitation des vraies rencontres, la blessure des faux espoirs aussi, mais le réel, le concret.

Beaucoup de choses se sont passées aussi importantes les unes que les autres. Je vais donc commencer par ce qui touche au le fil rouge de ce journal.

 

J'avais revu les garçons quelque temps après mon dîner en tête à tête avec Yann. Comme promis, j'avais été invitée à dîner chez eux. La soirée avait été très agréable. Comme à son habitude Yann avait eu du retard et j'avais passé presque trois quart d'heure avec Fabien. Nous avions bu du vin d'oranges qu'il avait fabriqué et qui m'avait gentiment tourné la tête puis il m'avait montré des photos de leur jardin d'ouvrier en banlieue parisienne. Quand Yann était arrivé j'étais passablement ivre mais la soirée avait été distrayante. J'avais ri de constater que j'arrivais à tenir deux conversations en parallèle avec mes deux hôtes qui discutaient de choses totalement différentes en même temps.

 

Plus tard je les avais revus encore pour bruncher dans leur quartier. Ils m'avait trouvée un peu ébranlée, je revenais de mon week-end à Londres qui avait été quelque peu éprouvant. Jay m'avait appris sa séropositivité dans une boite de nuit bondée  à 3h du mat le samedi précédent, et même s'il m'avait assuré qu'il gérait bien la nouvelle, je ne pouvais m'empêcher de penser à tout ce que cela pouvait impliquer à l'avenir. Nous avions parlé avec Fabien et Yann de la manière dont certains de leurs amis avaient joué avec le virus comme à la roulette russe, un défi à la mort en somme. Le déjeuner n'avait pas été super gai mais j'avais passé un joli moment avec eux, et avais noté que je me sentais de plus en plus à l'aise avec Fabien.

 

Puis le week-end tant attendu dans la maison des parents de Yann arriva. Je n'avais pas trouvé de place de train dans mes moyens à l'horaire où ils partaient, je les rejoignis donc le lendemain. J'arrivai tard le jeudi de l'ascension et tombai comme une masse après 6h30 de voyage.

La famille de Yann m'adopta tout de suite. La maman surtout, avec qui je sentis immédiatement une sympathie réciproque. Avec Ella, il ne fallait pas faire de chichis, elle montrait les choses une fois dans la maison et après il fallait faire "comme chez soi". Marcel, le papa était un pince sans rire dont l'oeil ne cessait de pétiller et Marc le frère, était un adolescent de 46 ans qui écoutait de la mauvaise musique électro dans sa voiture, vivait chez ses parents après un divorce tout frais et avec qui la taquinerie marchait dans les deux sens. Bref je me sentis dans mon élément dés le départ. Pour ne rien gâcher, Ella était un fin cordon bleu et Marcel possédait une cave à faire pâlir de jalousie tout amateur de vin. Le bonheur !

La première journée fut magnifique malgré quelques averses. On profita d'une éclaircie pour aller cueillir des champignons dans les prairies et la citadine que je suis, trouva même cela très distrayant. Le soir, les garçons désertèrent vers 22h et je passai deux heures à bouquiner dans mon lit attendant que le sommeil m'avale.

 

Le lendemain je fus réveillée vers 8h45 par les conversations de la maisonnée dans la cuisine. Je me levai et pris ma douche mais lorsque que j'arrêtai le robinet, je notai que la maison était baignée de silence...

Je descendis et trouvai Ella en train de jardiner:

"Bonjour Ella ! Les garçons sont par là ?"

"Non ! Ils sont à Gap, ils sont partis il y a un quart d'heure. ils m'ont dit que tu étais au courant et que tu avais certainement préféré dormir. J'ai trouvé étrange qu'ils partent sans toi..."

Pas autant que moi ! J'appelai Yann mais tombai sur sa messagerie vocale :

"Salut Yann, je viens de réaliser que vous étiez partis à Gap sans moi. Je ne savais pas qu'on devait decoller si tôt, aucun de vous deux ne me l'avait dit. C'est pas cool du tout je trouve. Bon à plus tard donc !"

Tandis que je buvais mon café l'air morose et sûrement un peu contrarié, Marc débarqua dans la cuisine.

"Eh ben Jeanne, c'est quoi cet air de Caliméro ?"

"Je suis dègue, Yann et Fabien sont partis à Gap sans moi... Je pensais qu'on allait faire le marché ce matin. bref..."

"Attends, y a un très chouette marché au village le samedi. J'ai des trucs à faire mais je peux te déposer, tu fais ton tour, tu te fais une terrasse et je repasse te chercher deux heures après, ça te va ?"

Je ne me fis pas prier.

En parcourant le marché j'entendis quelqu'un m'interpeller. C'était Yann.

"Fabien m'a dit qu'il t'avait prévenue hier soir avant de se coucher..."

"Ben non, j'aurais réglé le réveil sinon."

Fabien était en terrasse avec une amie de Ella avec qui il discutait.

"Mais tu ne pas prévenue du tout Fabien, je te promets !"

"Si Jeanne, à table au diner..."

Je préférais le croire.

Ce jour là le déjeuner se fit en famille avec l'oncle de Yann, un sémillant septuagénaire et sa nouvelle amie. Le repas fut joyeux et nous pûmes profiter de l'extérieur pendant toute la durée du déjeuner, une aubaine. Alors que j'étais en train de préparer les cafés pour la tablée, je vis passer Fabien le visage fermé.

"Ça ne va pas Fabien ?"

Il ne répondit pas. Je n'en prêtai pas ombrage.

Dans l'après midi, nous primes la voiture de Marc pour aller dans le Queyras où Yann et Fabien avaient projeté de faire une randonnée de six jours avec des amis et où ils voulaient visiter un refuge. La balade fut longue mais magnifique, les paysages sauvages et accidentés. J'adore la montagne par beau temps, j'ai le sentiment que c'est le seul endroit encore préservé. Je notai cependant que Fabien, plutôt calme d'habitude, ne décoinçait pas un mot.

Quand enfin de retour et après une petite sieste digestive je retrouvai Yann dans la cuisine, je lui demandai:

"Fabien n'est pas avec toi ?"

Il répondit:

"Non il a disparu depuis qu'on est rentrés..."

"Ça a un rapport avec moi ?"

Yann ferma la porte pour nous isoler et me raconta :

"Tout à l'heure il m'a accusé d'avoir été beaucoup trop complice avec toi, il a dit que nous étions indécents et qu'il ne voulait pas d'un ménage à trois"

J'étouffai un rire :

"Euh il a conscience quand même que je ne suis pas vraiment outillée pour lui piquer sa place ?"

"Écoute, j'en sais rien, tout ça me dépasse, il est changeant, je pensais qu'il avait compris que le projet ne changerait rien à notre lien mais je t'avoue que là je commence à douter qu'il y parvienne un jour. Je pense que tu peux comprendre que je ne souhaite pas mettre un enfant au monde dans ces conditions..."

"Ah c'est certain, moi non plus d'ailleurs. Mais cela dit je trouve un peu dur qu'il nous balade au gré de ses incertitudes et de ses humeurs, tu ne penses pas ?"

"Oui mais je crois qu'il se sent vraiment mal..."

Nous nous tûmes, Fabien venait de débarquer. Je passe les fausses sorties qu'il nous fit deux trois fois pendant que Yann préparait une soupe. Au bout de la troisième fois, tandis que je sentais la colère monter en moi durant cette mascarade, Fabien nous lança :

"Ben vous en faites une tête, si vous vous voyiez !"

Je répondis du tac au tac :

"Tu penses quand même pas qu'on va te sauter au cou, alors que tu fais la gueule depuis l'heure du déjeuner quand même Fabien..."

"Mais non, pas du tout !"

" Arrête s'il te plaît, Yann vient de me dire que tu nous as trouvés indécents de proximité tous les deux. C'est pas rien ça !"

" Oh mais je confirme..."

"Mais arrête, on était voisins de table mais on a rigolé avec tout le monde. Je pense qu'à la rigueur tu aurais pu tiquer sur les taquineries que j'ai faites à Marc, mais enfin ! Yann et moi, on s'entend très bien, et c'est tant mieux tu ne crois pas, vu le projet qu'on a sur le feu ?"

Là Fabien a commencé un monologue sans queue ni tête sur le fait que ce bébé "n'avait rien demandé", que lui allait partir travailler en province puisqu'il ne trouvait pas de travail à Paris et qu'il interdisait Yann de passer à côté de son projet à cause de lui, qu'avoir un enfant c'était bien pour sa retraite (glups!). Là Yann lui a demandé de se taire et Fabien est reparti de plus belle mettant sur la table leurs problèmes de couple, et j'ai eu envie de disparaitre dans un trou de souris.

J'ai dit:

"C'est bon Fabien, j'ai pas envie d'assister à ça... Ce sont vos histoires ça, je n'ai rien à voir là dedans. Me replonge pas dans mes traumas de gamine, tu seras gentil !"

Là dessus Yann est parti se coucher, refusant tout dialogue avec Fabien, ce qui était de toute façon impossible vu son état d'hystérie.

De mon côté, je réussis à m'endormir à 2h ce soir là, tournant et retournant dans mon lit malgré la fatigue.

 

Quand je descendis prendre le petit déjeuner avec Yann le lendemain, ce dernier m'apprit que Fabien avait pris le premier train pour Paris, sans prévenir à personne, juste en laissant un mot d'excuses à Ella...



Par Maxine - Publié dans : aventure maternelle - Communauté : gayfriendly
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Lundi 2 mai 1 02 /05 /Mai 09:45

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Hier soir je retrouvai Yann. Comme j'avais passé la nuit chez mon amie Eugénie en banlieue ouest et profité de ce dimanche ensoleillé pour me promener en compagnie de toute sa petite famille, j'avais proposé à Yann et Fabien un dîner vers Bastille, pas trop tard.

 

"Fabien ne viendra pas..." m'avait-il dit au téléphone alors que je traversais Paris en Métro pour rentrer chez moi.

"Tu sais Yann, ça commence à m'inquiéter cette mise à l'écart. Je voudrais qu'il comprenne une chose, qu'il le veuille ou non, Fabien va être acteur dans ce projet. On en parlera ce soir mais j'y ai beaucoup pensé ces derniers temps et ça assombrit pas mal le cours de ma réflexion je dois t'avouer."

"Oui moi aussi je trouve ça un peu inquiétant mais en même temps je pense qu'il a besoin de faire son propre cheminement, on en parle ce soir, c'est entendu."

 

S'il y a une chose certaine, c'est qu'à chaque fois que je retrouve Yann, le sourire me monte aux lèvres, c'est automatique. J'aime sa bouille, son sourire enfantin et son côté bonhomme.

J'avais oublié que nous étions le 1er mai, pas lui, et c'est un pot de muguet sous le bras qu'il m'a retrouvée.

Nous avons atterri dans un restaurant thaïlandais infect, conseillé par mon amie Garance  mais nous avons avancé dans ce qui nous préoccupait : dans la perception que j'avais de Fabien d'abord, et puis sur des choses plus concrètes.

 

Yann m'a montré un texto de Fabien qui disait en substance ceci : "Je sais que ce projet de bébé a une importance primordiale pour toi, et l'arrivée de ce petit toi ne me fera pas prendre les jambes à mon cou, sois en sur, au contraire ! J'aimerais lui offrir l'enfance que je n'ai pas eue. Mais au stade où vous en êtes Jeanne et toi, je pense que je n'ai pas ma place, c'est surtout entre vous que tout ce joue, je préfère vous laisser en tête à tête pour apprendre à mieux vous connaitre..."

En lisant son message, je me suis dit que c'était plein de bon sens et je me suis sentie enfin apaisée.

 

Ensuite pour la première fois, nous avons évoqué les examens médicaux préalables qu'il nous fallait faire pour passer au niveau supérieur, ce n'était pas le plus agréable à aborder mais du coup j'ai senti la force d'affronter mes peurs, que nous étions au moins deux dans le même bateau avec la même envie et j'ai appelé mon gynéco ce matin.

Nous avons terminé en terrasse devant un café à papoter jusqu'à minuit. Il m'a demandé comment j'envisageais la garde de l'enfant. Ça m'a fait sourire car j'ai vu défiler dans ma tête toutes les fois où j'avais évoqué cette question depuis presque un an, toutes les réactions que j'avais pu susciter, comment le cheminement de ma pensée avait évolué depuis la naissance de ce projet dans mon cerveau. Et là j'ai répondu :

"Tu sais ce qui m'a plu tout de suite chez toi Yann ? C'est que tu m'as dit que tu ne voulais pas, je te cite, d'un projet clé-en-main. Je ne sais rien, la seule chose dont je suis sure c'est que je veux ce qu'il y a de mieux pour cet enfant. S'il supporte de passer la nuit chez vous, je ne demande pas mieux que dés 6 mois il passe des week ends avec vous, ou que par moment vous preniez le relais une semaine pour que je décompresse. S'il en est autrement, on s'adaptera. Je crois vraiment que ce qui est important de savoir, c'est ce qu'on ne veut absolument pas..."

 

Yann a acquiescé, m'a parlé de sa volonté de confier la garde à une seule personne, ou une seule crèche afin que l'enfant ait des repères en terme de référents et pendant qu'il parlait, tout cela reprenait corps dans mon esprit, et ça faisait du bien de sortir de cet état de doute qui m'avait laissé supposer dernièrement que ce désir de maternité m'était venu comme un caprice.

 

Au moment de reprendre le chemin de chez moi, Yann m'a lancé :

"Ce serait bien que tu viennes dîner à la maison la prochaine fois, Fabien cuisinera pour nous, il adore ça..."

"J'en rêve ! " ai-je répondu en souriant.

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Présentation

Personnages déjà cités

Jeanne: Une fille déjà femme, une femme encore fille, pleine de doutes et de contradictions. L'héroïne quoi !

Nina: La soeur cadette de Jeanne.

B. L. : Le psy de Jeanne. Quadra beau et dandy, transfert parfait... comme il se doit.

Gabriel: Le meilleur ami hétéro et collègue de Jeanne. Ermite à ses heures, généreux et égoïste à la fois.

Sasha: Amant (devenu ami) régulier de Jeanne jusqu'en janvier 2011, de 6 ans (presque 7) son cadet. Skateur à ses heures perdues, brule la vie par les deux bouts.

Maël: Le frère cadet de Gabriel

Mathilde: Amie de collège de Jeanne retrouvée sur le tard, confidente des épisodes les plus "intimes" de sa vie. Maman de 3 enfants et séparée du papa.

Robin: Le nouveau fiancé de Mathilde

Eugénie: Amie de collège aussi. Très différente de Jeanne mais très importante dans sa vie. Maman de deux petits garçons et en couple

Calie : Amie de Jeanne depuis 20 ans, mère célibataire et accessoirement sa voisine.

Clarisse: Amie proche de Jeanne. Très souvent en reportages avec son amoureux à travers le monde

Marla: Amie de Jeanne. Elles ne se voient pas beaucoup mais comptent beaucoup l'une pour l'autre. Maman de 2 petites filles. En couple

Blandine: Amie de Jeanne depuis presque 20 ans. Voyageuse invétérée jusqu'à l'arrivée de sa petite fille. Mariée avec un Pakistanais

Aurélie : Amie de Jeanne depuis plus de 20 ans. Son ancienne colocataire. Mère célibataire.

Sara: Amie proche de Jeanne. Après une grosse mise au point, elle et Jeanne ont du mal à communiquer. Mariée à un des plus vieux potes de Jeanne.

Jay et Eddy: Couple d'amis hollandais de Jeanne. Ils vivent à Londres.

Hicham : Ami de Jeanne qu'elle a rencontré à Berlin et de retour en France depuis peu.

Eugène : Amoureux de Hicham

Bassam : Premier co-papa pressenti rencontré grace au site de coparenting en mai 2010.

Gilles et Thomas : Couple de co-papas pressentis rencontré au début de l'aventure de Jeanne en Juillet 2010.

François et Fred: Couple de co-papas pressentis de Septembre à Décembre 2010.

Yann : Dernier co-papa pressenti rencontré en Décembre 2010

Fabien : Compagnon de Yann

Matt : La dernière vraie histoire d'amour de Jeanne terminée en Avril 2009. Savoyard fuyant la ville et le stress en général.

Carl: Collègue et objet des pensées de Jeanne jusqu'en Novembre 2010, (re)devenu un ami par la suite. Homme idéal sur le papier, accessoirement marié avec 2 enfants.

Christophe : Ex-amant tordu de Jeanne, fréquenté sporadiquement pendant six mois en 2010.

La bonne Fée : Professeur de Yoga et masseuse Shiatsu. Voisine devenue copine de Jeanne.

Garance : Initialement amie de Gabriel, Garance est aussi devenue une amie de Jeanne depuis quelques mois. 

Jeanne 2 : collègue et bonne copine de Jeanne.

Ophélie : Amie recente de Jeanne travaillant dans la même boite qu'elle

Cléo : Comedienne et amie récente de Jeanne 

Maggie : Nouvelle amie de Jeanne, en couple avec un des très vieux potes de Jeanne avec qui elle a une petite fille.

Romain : dit l'amant remarquable, homme marié vivant en province.

Diego : Collègue de Jeanne. Ils ont partagé une relation épistolaire érotique qui est restée platonique.

Adrien : Homme rencontré par Jeanne fin Septembre 2011 avec qui elle partage une ébauche d'histoire d'amour.

Baptiste : Homme vivant à Toulon rencontré sur Twitter en Juillet 2011 dont Jeanne tombe amoureuse en Novemvre 2011

Hippolyte : Rencontre malheureuse de Jeanne en Aout 2011

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